Agnès ROBERT

Mes débuts en russe.

Une idée géniale sans doute, qu'a eue un organisateur de concerts...
"Agnès !
Et pourquoi ne pas nous donner à ta prochaine visite à La Bernerie un concert de musique russe?"
"Mais certainement, tout de suite, mon cher Claude !"

Alors, Agnès, très intéressée et probablement piquée au vif de n'avoir jamais encore chanté dans cette langue, se met au travail.

Par bonheur, elle peut se former auprès de son accompagnataur habituel, non seulement très bon organiste, mais aussi excellent professeur, qui lui prononce dans le plus grand détail sa langue maternelle :
Slava CHEVLIAKOV est d'origine russe !

S'en suit tout d'abord le choix judicieux des oeuvres à monter :
je fouille les librairies pour trouver deux reccueils de mélodies et d'airs d'opéras russes, ainsi que des vocalises d'auteurs russes... Voyez la tricheuse : c'est bien, les vocalises ; comme dit Slava :"Tu prononces vraiment très bien le russe dans ces oeuvres !"

Humour mis à part, mon Professeur s'est montré d'une patience exemplaire ; il est vrai que lui-même a fait pour apprendre le français un gigantesque travail, car il ne s'est pas contenté d'apprendre à prononcer notre langue, il la parle magnifiquement bien !

Dans la suite de notre préparation de ce programme, Slava m'aide à choisir les pièces qui lui semblent le mieux me convenir.

Et au travail, Agnès !
J'enregistre Slava, prononçant ces textes.

Des questions se posent alors :

    Faut-il faire entendre les accents toniques ou les accents des vers dans les textes poétiques?
    Faut-il prononcer de manière scolaire ou comme on parle dans la rue?
    Comment saurai-je reconstituer les voyelles "gommées" parce qu'elles ne sont pas accentuées, si je n'entends pas ce qu'elles sont à l'origine, sans ce gommage?
Questions que j'avais tranchées en étudiant l'allemand, l'italien, l'espagnol et l'anglais chantés.
    Slava doit-il lire lentement, syllabe après syllabe, les mots dans leur entièreté?
    Doit-il les enchaîner pour que je puisse l'imiter?
"Imiter", qu'est-ce que c'est?
C'est reproduire non pas le son entendu mais le mouvement musculaire qui permet de produire ce son.

Je me suis attelée à ce lent travail, lent car les muscles ont besoin de répéter leurs mouvements régulièrement, de les "oublier" un moment pour les retrouver plus tard : laisser le travail mûrir dans l'inconscient puis le reprendre et s'apercevoir que l'apprentissage est passé d'un degré superficiel à un degré plus profond, d'une mémoire d'acquisition à une mémoire de comportement.

C'est le résultat de ce long et profond travail que nous présentons au public, et cela pour servir l'indicible discours qui transpire des oeuvres musicales comme littéraires, qui émane de cette autre culture.

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